• De James Bond à Jack Bauer, de la guerre froide à la guerre asymetrique

    (English translation below)

    Note: on appelle "guerre asymétrique" la guerre entre un Etat et des groupes mal identifiés ne disposant pas de base étatique comme Al Quaida ou l'EI

     

    Chaque génération trouve le héros qui lui ressemble.

    L’Amérique de l’après 11 septembre a choisi Jack Bauer, agent qui mène une lutte sans merci contre le terrorisme. Cette série, plus encore qu’un énorme succès – 10 millions de téléspectateurs en moyenne par épisode et des millions de DVD vendus - est devenue un phénomène de société, un sujet de débat chez les hommes politiques, philosophes et militaires, sur son héros et le monde qu’elle représente.

    Car, malgré les invraisemblances dues au genre, elle donne une vision très réelle de la nouvelle situation géopolitique mondiale, celle de la fin de la guerre froide. En cela Jack Bauer s’oppose à James Bond.

    Ce héros aux mêmes initiales avait surgi alors pour sauver le monde. Mais ce monde, en une génération a changé et si nos 2 héros ont des points communs, ils sont représentatifs de 2 époques bien différentes.

    Bien sur Bond et Bauer sont des super héros invincibles, passant allégrement à travers les balles et les explosions, mais les similitudes s’arrêtent là. (Du moins avant que Jack ne ringardise James, qui dans les dernières versions, celles avec Daniel Craig, ressemble de plus en plus...à Jack Bauer !)

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    James Bond combat dans un monde où 2 super puissances s’affrontent, où les lignes de batailles et la morale sont clairement tracées : le Bien, c’est à dire le monde occidental, contre le Mal c’est à dire l’autre bord, des méchants bien définis : communistes ou syndicat du Crime, concoctant leur complot dans des bunkers, des îles isolées, une Russie enneigée... Ses missions, James Bond les mène en costard cravate dans des lieux exotiques et chics, soutenu par des chefs honnêtes et dévoués.

    A l’opposé Jack Bauer combat des terroristes variés et anonymes : des serbes (S1), des tchétchènes (S5), des turcs (S4), des arabes (S2 et 6)… infiltrés au cœur des villes américaines et parfois du gouvernement. Des méchants qui réussissent souvent leur coup (abattre l’avion présidentiel par exemple) et qui sont quelquefois des américains même.

    L’ennemi est désormais parmi nous, tapis dans nos villes, au sein même d’agences censées nous protéger. On reconnaît bien là le traumatisme du 11 septembre. Dans ce monde, pas de smoking, ni de voitures de luxe pour Jack, il se bat en jean et gilet pare balles dans les rues désertes et les entrepôts sombres des banlieues  glauques de Los Angeles. Et en plus, ses chefs et le président des Etats-Unis lui même, sont souvent incompétents ou corrompus.

    Finie la facilité d’un monde coupé en 2 où l’ennemi est connu, bienvenue dans l’après Guerre Froide, monde plus complexe où on ne sait plus qui et où est l’ennemi.

    Et l’Amérique s’est choisi un héros à l’image de ce nouveau monde inquiétant : violent, impitoyable et désespéré, car désormais non seulement les méchants ne sont plus clairement identifiables mais les bons ressemblent de plus en plus au méchants !

    Pour sauver le monde l’agent 007 a le permis de tuer et ne s’en prive pas, il utilise son arme et ses poings même contre des femmes mais n’a jamais employé la torture, car justement la torture c’est pour les méchants !

    Jack Bauer lui n’hésite pas à électrocuter le mari de sa petite amie avec un fil de lampe et à  briser un à un les doigts d’un suspect pour obtenir des renseignements. Il y a quelques années un tel héros qui torture ses ennemis et abat froidement ses prisonniers aurait été impensable (et imontrable à la TV) tout aussi impensable qu’une dizaine de terroristes armés de cutters faisant 3000 morts au cœur de la 1 puissance du monde.

    Mais le monde a changé et Jack Bauer est désormais  pour les millions d’américains une icône, le héros sombre d’une époque troublée. Depuis le 11 septembre, la guerre en Afghanistan puis en Irak, depuis Guantanamo et Abu Ghraïb, le monde est devenu confus et incertain. Et même l’issue de la lutte est amère.

    A la fin de ses aventures, James Bond  empêche la catastrophe annoncée, se retrouve triomphant et détendu sous les cocotiers entre une superbe fille et une coupe de champagne.

    Pour Jack Bauer c’est carrément le contraire : aucun triomphe à la fin de son épuisante journée. S’il sauve son pays c’est après la morts de centaines d’innocents et surtout de ceux qu’il aime (sa femme, sa copine, ses amis) qu’il ne parvient jamais à sauver. La dernière image de chaque saison le montre seul et désespéré, héros emblématique d’un monde occidental et d’une Amérique qui ont définitivement perdue leur innocence.

     

    English translation:

    Each generation finds the hero it needs.

    Post September 11 America chose Jack Bauer, the federal agent who leads a ruthless fight against terrorism. This series, more than a huge success - 10 million viewers on average per episode, and millions of DVD sales - has become a social phenomenon, a subject of debate among politicians, philosophers and military, about its hero and the world it represents.

     For, despite the credibly gap due to the genre, 24 gives a very real vision of geopolitical situation at the end of the Cold War. So Jack Bauer is opposed to James Bond...at least before Daniel Craig's James Bond who looks more and more like Jack Bauer !

      James Bond, hero with the same initial, had to save the world too. But this world in a generation has changed and our two heroes are representative of two very different eras.

     Of course, Bond and Bauer are invincible superheros,  passing through bullets and explosions, but the similarities end there

     James Bond fights in a world where two superpowers clash, where the battle lines and morality lines are clearly drawn: the Good, ie the Western world against the Evil: the other side , villains clearly defined: communist or crime syndicates, concocting their plot in bunkers, isolated islands ... James Bond does his job in a tuxedo, in exotic and posh locations, supported by honest and dedicated leaders.

      On the contrary, Jack Bauer fights various and anonymous terrorists: Serbs (S1), Chechens (S5), Turks (S4), Arabs (S2 and 6) ... infiltrated in the heart of American cities, and sometimes in the American government itself. The terrorists often succeed their coup (get down Air Force One, for example) and are sometimes even American (S7,S8).

     The enemy is among us, lurking in our cities, even within agencies supposed to protect us. We can recognize here the trauma of 9/11. In this world, no tuxedo, no luxury cars for Jack, he fights in jeans and a bulletproof vest in the lonely streets and warehouses, inLos Angelesdark suburbs. And more, its leaders and the president of the United States himself, are often incompetent or corrupted.

     The world cut in two, where the enemy is known, is now gone. Welcome to the post-Cold War world, a more complex world where we don’t know who and where is the enemy.

     And America has chosen a hero like this new world: dark, violent, ruthless and desperate, because now, not only the bad guys are no more clearly identifiable, but the good ones look more and more like the villains!

      To save the world the agent 007 has the license to kill and he doesn’t hesitate, he uses his gun but has never used torture because torture is for the villains!

      But Jack Bauer doesn’t hesitate to electrocute his girlfriend’s husband and break one by one a suspect fingers to obtain information. A few years ago such a hero who tortures and kills coldly his enemies and even his prisoners would have been unthinkable (above all on prime timeTV) just as unthinkable that a dozen terrorists armed with box cutters killing 3000 Americans in the heart of America.

    But the world has changed and Jack Bauer is now for millions of Americans an icon, the hero of that dark troubled times. Since 09/11, from the war in Afghanistan and Iraq, from Guantanamo and Abu Ghraib, the world has become confused and uncertain. And even the end of the fight is bitter.

     At the end of his adventures, James Bond ends up triumphant and relaxing under the coconut trees between a beautiful girl and a glass of champagne.

     Jack Bauer is quite the opposite: no triumph at the end of his exhausting day. He saves his country but after the deaths of hundreds of innocent people and especially those he loves (his wife, his girlfriend, friends).

    The each season last images shown Jack Bauer alone and desperate, the iconic hero of a Western world and an America that have now lost their innocence.


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